On monte vers Marpissa alors que la lumière commence à décliner. Les maisons blanches s’accrochent au flanc de la colline, les moulins à vent découpent le ciel en deux et l’air sent le thym et le sel marin. C’est ici, sur la façade orientale de l’île, que Paros cesse d’être une simple plage pour devenir un atelier. Car sur cette colline, dans un bâtiment néoclassique rénové, se conserve l’histoire d’un homme qui a appris à la pierre à respirer.
Le lieu qui engendre des sculpteurs
Ce n’est pas un hasard si Paros a donné naissance à des sculpteurs. L’île cache dans ses entrailles le légendaire marbre parien, le lychnite — cette matière translucide et laiteuse que les Anciens travaillaient à la lueur des lampes à huile, au fond des galeries souterraines. C’est dans ce marbre que furent taillées certaines des plus importantes sculptures de l’Antiquité.
Quand on se promène dans les villages de Paros, on comprend que ce rapport à la pierre ne s’est jamais interrompu. Il s’est transmis de génération en génération, de main en main. Et c’est là, à Marpissa, que s’est enracinée la famille qui allait donner à l’île l’un de ses créateurs les plus aimés.
Un homme, deux îles
Nikos Perantinos portait en lui deux Cyclades. Son père, Léonardos Perantinos, était originaire de Marpissa, à Paros ; sa mère, Angéliki Metaxa, de Syros. Deux îles, deux tempéraments, réunis en un seul homme destiné à travailler de ses mains.
Il étudia à l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier de Thomas Thomopoulos, puis poursuivit ses études à Paris — là où le XXe siècle réinventait l’art. Mais Perantinos ne se laissa pas emporter par les modes. Il resta fidèle à quelque chose de plus profond : la simplicité et la forme classique. Il fut, dit-on, un maître de la ligne pure, et son œuvre se distingua par de nombreuses distinctions et récompenses.
Le gardien de la beauté antique
En 1941, Perantinos est nommé sculpteur titulaire du Musée archéologique. Imaginez ce que cela représente : se tenir devant des sculptures antiques brisées, mutilées, et les restaurer, dialoguer avec des artisans morts depuis deux mille cinq cents ans, deviner leur geste.
Cette expérience le marqua profondément. L’homme qui réalisa d’importantes restaurations de sculptures antiques apprit la mesure, la sobriété, la force silencieuse de la forme classique. Et lorsqu’il revint à sa propre matière, il la portait désormais comme un héritage sacré.
Le retour à la racine
En 1964, de retour de Paris, Perantinos fait un geste qui en dit long sur son caractère : il fonde un atelier de sculpture sur marbre à Agia Anna, à Paros. Il ne voulait pas seulement créer ; il voulait donner une suite à la tradition de la sculpture sur son île.
Ce fut un acte de générosité. Ce lieu s’ouvrit à des personnes de tout âge éprises de sculpture — pour que la flamme ne s’éteigne pas, pour que le marbre passe entre des mains nouvelles. Ainsi, à Paros, l’art ne resta jamais un objet de musée figé ; il demeura vivant, plein de poussière et de ciseaux.
On ne conquiert pas la pierre par la force, mais par la patience ; on lui retire ce qui est superflu, jusqu’à ce qu’apparaisse la forme qui était toujours restée cachée en elle.La philosophie de la sculpture sur marbre parien
Un musée qui a grandi avec amour
Nikos Perantinos s’éteignit en 1991. Presque aussitôt, son œuvre trouva un toit — d’abord dans une petite salle modeste, à Paros. Un espace bien trop restreint pour une œuvre aussi vaste.
Dans les années qui suivirent, les conseils d’administration du Musée s’employèrent, avec l’aide de la municipalité de Paros et du ministère de la Culture, à lui offrir un écrin digne de son créateur. Et ils y parvinrent. Aujourd’hui, le Musée de Sculpture « Nikos Perantinos » occupe un magnifique bâtiment néoclassique rénové, avec cinq grandes salles baignées de lumière — cette même lumière des Cyclades qui, jadis, tombait sur ses ciseaux.
On gravit la colline de Marpissa pour voir des sculptures. On en repart en ayant compris quelque chose sur Paros tout entière : que derrière les plages dorées et les ports cosmopolites bat un cœur plus silencieux — celui qui sait transformer la pierre en âme. Laissez-le vous toucher.
Informations pratiques
- Le Musée se trouve sur la colline de Marpissa, sur la façade orientale de Paros, dans un bâtiment néoclassique rénové comptant cinq salles.
- Associez-le à une promenade dans le pittoresque village de Marpissa et ses moulins à vent, ainsi qu’à la tradition proche de la sculpture sur marbre d’Agia Anna.
- Portez des chaussures confortables pour la montée et privilégiez les heures de l’après-midi pour une lumière plus douce.
- Vérifiez les horaires d’ouverture avant votre visite, car ils varient selon la saison.
- La partie orientale de Paros se combine idéalement avec les villages de montagne (Lefkes, Prodromos) et les plages de la Côte Dorée.