Ferme les yeux un instant et pense à l’odeur de l’huile fraîchement extraite — verte, âpre, vivante. C’est un arôme que la Méditerranée connaît depuis des millénaires, car l’olivier n’a jamais été un simple arbre. Il était lumière dans la veilleuse, remède sur la blessure, nourriture sur la table, monnaie d’échange. À Naxos, la plus fertile des îles des Cyclades, cette histoire s’est écrite dans d’humbles bâtiments en pierre que le peuple appelait moulins à huile.
L’île qui produit, la montagne qui nourrit
En montant de Chora vers l’intérieur des terres, le paysage change. Les plages restent en arrière et devant soi s’étend un autre monde — terrasses, vignes, vergers et oliveraies gris-argenté qui grimpent sur les pentes, sous la masse du Zas, le plus haut sommet des Cyclades avec ses 1 004 mètres.
Ce n’est pas un hasard si la plupart des anciens moulins à huile de Naxos se trouvent ici, dans les régions centrales et montagneuses. La terre y donne plus de fruits, les vallées protègent les arbres, et les habitants ont appris depuis des siècles à transformer l’olive dure en huile dorée.
Quatre-vingt-dix moulins, toute une société
Les anciens moulins à huile recensés sur l’île atteignent environ quatre-vingt-dix. Un chiffre qui témoigne de la profondeur avec laquelle l’olivier était enraciné dans le quotidien de la campagne. Plusieurs d’entre eux ne subsistent plus, ou ont changé d’usage et sont devenus des habitations. Peu ont conservé leur identité.
Dans le parler naxiote, le moulin à huile n’avait pas qu’un seul nom. On l’appelait liotrívi, on l’appelait tryó, on l’appelait aussi fabrique — mot qui rappelle l’époque où le pressage de l’olive était toute une activité artisanale, le lieu le plus fréquenté du village durant les froides journées d’hiver.
Un moulin à huile à Engarés
Au centre du village d’Engarés, sur l’axe routier principal et facilement accessible, se dresse un tel bâtiment. En pierre, d’environ cent mètres carrés, divisé en deux espaces. Aujourd’hui, après une restauration soignée, il fonctionne comme musée.
En y entrant, le temps ralentit. Dans l’un des espaces se trouve l’équipement traditionnel de production : le bassin avec son lourd cylindre de pierre en forme de cône tronqué qui tournait lentement, écrasant le fruit avec son noyau en une pâte épaisse et sombre. À côté, les presses qui extrayaient l’huile de cette pâte. Chaque outil ici a été façonné par des mains humaines.
Comment naissait l’huile
Imagine la scène. Dehors le froid, dedans la chaleur et les voix. Le fruit, ramassé feuille par feuille durant l’hiver, était déversé dans le bassin. Le cylindre tournait — parfois entraîné par un animal, plus tard par une machine — et le réduisait en pulpe. Puis la pulpe était empilée sur des scourtins tressés et la presse la comprimait jusqu’à ce que l’huile s’écoule, dorée-verte, encore chaude.
Autour de ce processus vivait tout le village. Le moulin était un lieu de travail mais aussi de rencontre — on y échangeait nouvelles et histoires, on y goûtait la première huile de la saison sur un morceau de pain. En visitant le musée aujourd’hui, on ne voit pas seulement des machines ; on entend l’écho de toute une communauté.
L’olivier n’a pas seulement nourri les corps des Cycladiens — il a nourri leur civilisation.Tradition populaire de Naxos
Pourquoi ce voyage en vaut la peine
Naxos t’appelle de bien des façons — la Portara au coucher du soleil, le Château vénitien de Chora, les kouroi archaïques, le graviera AOP et le kitro. Mais un moulin à huile ouvert à la visite t’offre quelque chose de différent : il te plonge dans la logique même du lieu.
Ici, on comprend que la beauté de Naxos ne se limite pas aux montagnes et aux plages. Elle réside dans le labeur et l’ingéniosité d’hommes et de femmes qui ont appris à vivre en harmonie avec la terre, à tirer du fruit dur le liquide le plus précieux de la Méditerranée. Et cela, en définitive, c’est la véritable essence de tout voyage à Naxos.
Informations pratiques
- Où : Dans le village d’Engarés, au centre de Naxos, sur l’axe routier principal — facilement accessible en voiture.
- Distance : Environ 20 minutes en voiture au nord-est de Chora.
- À voir : Bâtiment en pierre d’environ 100 m² avec équipement traditionnel complet de production d’huile (bassin à cylindre tronconique, presses).
- Bonne combinaison : Une visite associée aux villages de montagne de Tragea, Chalki et Filoti pour une journée complète dans l’arrière-pays.
- Conseil : Vérifie au préalable les horaires d’ouverture, car les petits musées locaux fonctionnent souvent selon des horaires saisonniers ou sur rendez-vous.