Le soleil frappe obliquement le schiste et le dessèche en teintes brunes et rougeâtres, tandis que le sentier grimpe vers une colline qui domine la baie de Koutalas. Ici, le vent ne s’arrête jamais tout à fait ; il siffle entre les herbes folles et les buissons, portant l’odeur du thym et de l’air salin. Et là-haut, au sommet, vous attend un cercle de pierre qui résiste au temps depuis plus de deux mille ans : la Tour de Grivas, connue aussi des habitants sous le nom de Tour Blanche.
Un fort qui surveillait la mer et les mines
Sérifos n’a pas toujours été seulement cette île sauvage à la Chora-faucon que nous connaissons aujourd’hui. Dans l’Antiquité, elle était réputée dans tout l’Égée pour ses minerais — fer et cuivre principalement —, une richesse qui nécessitait protection. C’est pourquoi l’île s’est couverte de tours fortifiées, des postes de guet en pierre bâtis sur des hauteurs offrant une vue directe sur la mer et sur les zones d’extraction.
La Tour de Grivas est la plus impressionnante de celles qui subsistent. Son plan circulaire, sa maçonnerie robuste en pierres brutes et sa position stratégique au-dessus de Koutalas témoignent d’un double rôle : surveiller le passage des navires chargés de minerai et donner l’alerte à temps contre les envahisseurs et les pirates.
L’architecture de la résistance
C’est la géométrie de la tour qui coupe le souffle en premier. Le cylindre de pierre s’élève avec une rigueur qui n’a besoin d’aucun ornement pour s’imposer ; sa force réside dans la masse elle-même, dans la manière dont chaque pierre s’ajuste à la suivante sans mortier, selon une technique que les anciens habitants des Cyclades avaient maîtrisée au fil des siècles.
En posant la paume sur la surface rugueuse de la pierre, on sent la chaleur qu’elle a absorbée du soleil toute la journée. C’est une sensation presque familière, comme si l’on touchait quelque chose de vivant — une construction qui a survécu aux séismes, aux tempêtes et à l’érosion incessante de l’air égéen.
Le panorama qui justifie l’ascension
Arrivé au sommet, le paysage s’ouvre brusquement dans toutes les directions. La baie de Koutalas s’étend en contrebas dans un bleu qui change de nuance selon la profondeur de l’eau, d’un vert presque transparent près du rivage à un bleu profond au large. Autour de vous, les pentes dénudées de Sérifos se dessinent comme une sculpture vivante, sans arbres pour dissimuler les lignes du relief.
Par temps clair, le regard voyage jusqu’aux îles voisines, rappelant à quel point cette position était stratégique pour quiconque voulait contrôler les routes maritimes des Cyclades occidentales.
Traces d’un quotidien oublié
Autour de la tour, le sol dissimule encore des traces éparses de présence humaine — fragments de céramique, vestiges d’anciennes constructions, sentiers qui menaient autrefois vers des galeries minières. En marchant parmi elles, on comprend que ce lieu n’a jamais été isolé ; c’était un carrefour de travail, de surveillance et de survie pour des hommes qui ont vécu ici des siècles avant nous.
Le silence aujourd’hui est presque absolu, rompu seulement par le vent et le chant lointain de quelque oiseau. Il est difficile d’imaginer le bruit qui régnait ici lorsque la tour était pleinement en activité, avec des gardes scrutant l’horizon et des ouvriers descendant vers les mines.
Sérifos ne se révèle pas facilement ; il faut de l’ascension, de la sueur et du silence pour qu’elle vous livre ses secrets.Croyance traditionnelle sur l’île
En redescendant de la colline, la mer scintillant à nouveau devant vous, on comprend pourquoi la Tour de Grivas demeure l’un des rendez-vous les plus authentiques de Sérifos avec son passé. Ce n’est pas un monument qui impressionne par sa taille ou son luxe ; il impressionne par son obstination à rester debout, témoin d’une époque où cette île était source de richesse et objet de convoitise. La visite ici est une invitation à voir Sérifos au-delà de ses plages — comme un lieu à l’histoire profonde, rude et fascinante.
Informations pratiques
- La tour se trouve au-dessus de la baie de Koutalas, sur le versant sud de Sérifos.
- Une courte marche sur terrain pentu et irrégulier est nécessaire — portez des chaussures fermées.
- Privilégiez les heures matinales ou l’après-midi, à l’écart de la chaleur estivale.
- Emportez de l’eau, un chapeau et de la crème solaire, car le parcours n’offre aucune ombre.
- L’association avec une baignade dans la baie de Koutalas après l’ascension est idéale.